Actualité

L'édito d'Eric

"Paix sur terre, aux hommes qu'il aime !"

Noël 2020

Enfin nous y voilà Noël est tout proche… si proche que presque là. Après une année 2020 qui aura été agitée et marquée par la violence du terrorisme dans notre société et la pandémie du Covid-19, nous sommes sur le point d’entrer dans le cycle de la Nativité-épiphanie, deux mots qu’on aime à ne pas trop séparer. « Nativité », c’est à dire « advenue », par la grâce de la naissance.

« Épiphanie » c’est à dire « manifestation » car l’enfant qui vient au monde ne va plus rien faire d’autre que de se donner à connaître à ceux et celles qui vont le suivre en sa vie puis, plus tard, à ses disciples qui le connaîtront par la foi. Au-delà de lui-même, il va aussi donner à connaître le mystère de Dieu dans un langage inédit et inouï : en prenant

orps et visage d’homme, en habitant une humanité singulière pour aller à la rencontre de l’humanité entière et de chacun et chacune de ceux et celles qui la composent. C’est là tout ce que nous avons à célébrer et à partager en ces jours de fin d’année.

La nuit de Noël est hospitalière. Elle raconte une histoire que tous peuvent entendre : l’histoire d’une naissance. L’évangéliste, à la messe de la nuit, se fait conteur : « En ce temps-là, parut un décret de l’empereur César-Auguste ordonnant de recenser toute la terre… ». Dans le tableau il met les sans-grades aux premières loges : ce sont les bergers, premiers avertis de ce qui arrive par des messagers célestes. Il donne aussi le texte du chant des anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ! ».


Enfin il conduit son auditeur à l’humble crèche où l’on trouve le coeur de l’histoire, ramené à l’essentiel : l’enfant nouveau-né, sa mère Marie et son père, Joseph…
L’enfant… : on peut y voir une image de la fragilité. C’est la première évidence. Mais il ne faut pas manquer d’y voir aussi l’extraordinaire capital de virtualités, de possibles, qui ne sont pas encore révélés mais qui sont bel et bien là. L’enfant – l’Enfant de Bethléem singulièrement – est tout entier avenir. Il grandira et croisera les pas de tant de gens. Il n’ignorera personne. Il parlera aux gens et leur fera du bien. Il ne fera que le bien.

 

Ceux et celles qu’il rencontrera, que leur dira-t-il ? Essentiellement, il les rappellera à leur à-venir. Tous en effet font l’expérience de l’usure de la vie : soit que les circonstances extérieures soient dures et adverses soit que les équations plus personnelles, intérieures, intimes n’aillent pas de soi. On peut être fatigué du présent et tenté d’esquiver l’avenir. On peut passer son présent à se raconter un passé re-composé, histoire de se rassurer à peu de frais. Mais Jésus n’est pas homme de nostalgie. En lui, plus encore qu’en tout autre, résonne l’appel jadis adressé à Abraham :

« Lève-toi et va vers toi-même ».


Jésus entraîne ceux et celles qui croisent ses pas dans ce même mouvement vers : vers Dieu, vers les autres et vers soi-même, dans une confiance sans cesse renouvelée en l’appel de Dieu. À ceux et celles qu’il rencontre, il lance toujours l’invitation : « suis-moi ! ». Chacun en fait ce qu’il peut ou ce qu’il veut.
Malgré les ombres épaisses de l’actualité, Noël évoque aussi pour nous un chemin d’espoir, une lumière au bout du tunnel, une espérance. « La pandémie nous a permis de distinguer et de valoriser de nombreux hommes et de femmes, compagnons de voyage, qui, dans la peur, ont réagi en offrant leur propre vie. Nous avons pu reconnaître comment nos vies sont tissées et sou-tenues par des personnes ordinaire qui, sans aucun doute, ont écrit les évènements décisifs de notre histoire commune : médecins, infirmiers et infirmières, pharmaciens, employés de supermarchés, agents d’entretien, assistants, transporteurs, hommes et femmes qui travaillent pour assurer des services essentiels et de sécurité, bénévoles, élus, prêtres, personnes consa-crées… ont compris que personne ne se sauve seul. » (Pape François, Tous frères, §55) Puissent ces célébrations être pour tous une oasis de paix et, peut-être de réflexion pour retrouver le goût de construire un vivre-ensemble heureux et fraternel.


Noël : non pas l’échappatoire d’une « belle histoire » illusoire, non plus que la parenthèse d’une paix rêvée ou fantasmée… Noël : une brèche dans la nuit, une lumière douce et pacifiante dans les obscurités de l’histoire troublée des hommes. Un moment où terre et ciel se rapprochent. Un moment où se donne à voir un Dieu à visage humain. « La gloire de Dieu c’est l’homme vivant », disait saint Irénée (2ème siècle). Tous les hommes de bonne volonté peuvent le chanter : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! et PAIX sur la terre aux hommes qu’il aime ! »


Heureux et paisible Noël à tous !

Abbé Eric Schneider

Curé-Archiprêtre de Bitche

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