Édito de juillet-août 2022
Pauline Jaricot (1799-1862)
"J'ai tout appris à tes pieds, Seigneur"

« Pauline Jaricot (1799-1862), proclamée bienheureuse le 22 mai dernier à Lyon, est un modèle de sainteté pour aujourd’hui et surtout pour les jeunes d’aujourd’hui. Ses diverses intuitions, réalisées avec créativité, générosité et solidarité, alliaient la conscience et la nécessité d’agir à la prière et à une relation profonde avec Dieu, source de toute action » : c’est ce qu’a déclaré Catherine Masson, historienne et universitaire française, lors du colloque intitulé « La fécondité d’un charisme : Pauline Marie Jaricot et l’œuvre missionnaire de l’Église », qui s’est tenu le 21 mai à Lyon, dans le cadre de l’Assemblée générale des Œuvres pontificales missionnaires

Masson, auteur d’une biographie de Pauline Jaricot a noté, tout d’abord, la figure et l’œuvre pionnières de Jaricot tout au long de sa vie. Sa famille de soyeux lyonnais catholiques, note-t-elle, a connu la Révolution française et sa jeunesse s’est déroulée sous le signe de l’idée de réparation et de l’idée de restauration, de la volonté de restaurer l’Église et la nation, avec un seul leitmotiv : la gloire de Dieu et le salut de l’Humanité.

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« C’était une femme pionnière qui a agi avec une féminité, qui ressort de ses écrits, mais sans aucune prétention féministe, à une époque où les femmes étaient exploitées ou exclues », a noté Masson.

« En tant que femme et laïque, elle a vécu en pleine fidélité à l’Évangile et à l’Église, s’adressant, au début de son travail, avant tout aux femmes et aux jeunes filles, les sortant de la rue et de la prostitution, leur donnant du travail et utilisant un vocabulaire très féminin », a déclaré l’universitaire. Masson relève un point fondamental : « Jaricot a été le pionnier du sacerdoce universel des baptisés, qui sera proclamé par le concile Vatican II, étant convaincu du rôle des femmes, des laïcs et des baptisés dans la mission de l’Église ». « Ses compagnes, les femmes « réparatrices », se souvient-elle, collectaient un sou et priaient pour la Mission : elle a compris l’importance de la solidarité universelle et selon certains, son œuvre d’engagement est une sorte d’anticipation de la jeunesse catholique ».

Selon Masson, l’engagement social de Jaricot tout aussi important était également une anticipation du travail d’entrepreneurs catholiques comme Leo Harmel et du Rerum Novarum du pape Léon XIII : « Pauline, voyant l’exploitation de la classe ouvrière, a pensé que le meilleur apôtre du travailleur est le travailleur lui-même. Elle a donc conçu l’idée d’une usine chrétienne, où les travailleurs pourraient mener une vie professionnelle digne, et aussi avec l’idée de former de jeunes travailleurs qui pourraient, à leur tour, apporter des améliorations pour d’autres travailleurs et dans d’autres lieux ». Rappelant l’expérience de l’usine de Rustrel, en Provence, Masson note que « Pauline serait trompée et escroquée et voudrait rembourser ceux qui lui ont prêté de l’argent pour son entreprise, dans laquelle elle a investi et impliqué d’autres investisseurs, et serait poussée à la faillite par ceux sur qui elle s’est appuyée ».


Le dernier aspect que Masson rapporte est celui d’une « vie menée au pied de la Croix » : « Pauline est morte dans la pauvreté en vivant un drame au pied de la Croix. Dans une vie de mystique, toujours en profonde proximité avec Dieu, elle offre sa souffrance au Seigneur et vit tout, à chaque pas, dans l’action de la grâce. Jaricot demande à Dieu, rend grâce et attend, comme son père spirituel le lui a appris. La synthèse de sa spiritualité est la prière qu’elle récite à partir de la confession : j’ai tout appris à tes pieds, Seigneur ; au pied de la Croix, aux pieds des pauvres, au pied de l’autel, dans l’Eucharistie. Sa vie de prière a pour référence constante le Rosaire, « car elle voit, appelle et reconnaît la Vierge Marie comme Mère de l’Église ».

Catherine Masson conclut : Pauline Jaricot nous montre aujourd’hui la manière dont tous les chrétiens sont appelés à vivre dans leur temps, dans le contexte dans lequel ils sont enracinés. Elle nous témoigne du réalisme de l’Incarnation, elle apprend aux baptisés à vivre le « ici et maintenant » de la grâce de Dieu. Ses premières actions ont lieu avant l’âge de 20 ans : c’est pourquoi elle est un modèle pour l’ingéniosité et l’engagement missionnaire des jeunes et, le regard tourné vers le Christ, elle invite tous les baptisés à vivre leur vocation à la sainteté.

Abbé Eric Schneider

Curé Archiprêtre