Édito
En odeur de sainteté ?

Toussaint 2021

Les premières feuilles mortes, la pluie, les jours qui raccourcissent... Parce qu’elle marque dans notre esprit l’arrivée de l’automne, parce qu’elle précède le jour de la commémoration des défunts, la Toussaint est généralement as-sociée à la mort. Erreur ! Dans la tradition catholique, c’est une fête joyeuse et pleine d’espérance, célébrant la fraternité de tous ceux qui ont mis leurs pas dans les pas du Christ. Les chrétiens sont appelés à être un peuple de saints, affirme Paul dans ses épîtres. Nous avons tous vocation à devenir des amis de Dieu, a rappelé le concile Vatican II. La sainteté n’est pas réservée aux héros.

Les catholiques fêtent tous les saints, connus ou inconnus : ceux qui ont été canonisés par l’Église, ainsi que la foule de tous ceux dont l’histoire n’a pas retenu le nom, mais qui ont, eux aussi, vécu dans la proximité de Dieu.

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La tradition d’honorer les saints remonte aux premiers siècles du christianisme, mais ce n’est qu’à partir du IXe siècle que la Toussaint a été fixée au 1er novembre par le pape. En tout cas, la Toussaint n’est pas une fête triste, au contraire, elle nous invite à nous souvenir de tous ceux qui ont découvert le bonheur de suivre le Christ en se mettant au service de leur prochain.

 

Par les hasards de l’histoire, la Toussaint précède une autre fête catholique, celle de la « commémoration des fidèles défunts » ou « fête des Morts », fixée le 2 novembre, jour où nous prions pour que tous ceux qui nous ont quittés soient dans la lumière de Dieu. Comme la Toussaint et le jour des Morts se suivent, on a tendance à mélanger les deux. D’autant plus que le 1er novembre étant férié, chacun en profite pour aller se recueillir sur les tombes de ses proches. Chez les orthodoxes, on fête les saints le premier dimanche après la Pentecôte. Cela donne une tout autre coloration à l’événement.

 

Mais qu’est-ce qu’un saint ? Certainement pas un surhomme, ni une superstar ! Le saint n’est pas quelqu’un de parfait, mais celui qui s’est laissé transformer par Dieu. En reconnaissant que telle personne est sainte, l’Église veut dire qu’elle est auprès de Dieu. C’est exactement ce qu’a fait Jésus avec le « bon larron », l’un des deux condamnés de droit commun crucifiés avec lui. Jésus lui affirme : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi en paradis » (Luc 23,39-43). Cette parole en fait le premier dont la sainteté est absolument certaine. Pourquoi ? « Parce que sa vie, une vie perdue, une vie fichue, une vie finie ne s’achève pas par les actes qui l’ont mené à cet échec radical, expliquait le cardinal Lustiger, lors d’une catéchèse donnée aux JMJ en 2000. Dans son coeur, le bon larron peut encore poser un geste d’amour qui dépasse tous les refus d’aimer de sa vie. Il peut encore obtenir de Dieu le pardon des fautes qu’il a commises. Et ce pardon lui donne la plénitude de la vie. La sainteté, c’est précisément cela. »

 

Alors, qu’est-ce que la communion des saints ? La tradition de l’Église enseigne que l’amour continue de circuler entre tous les chrétiens, même après la mort. C’est ce qu’on appelle la communion des saints, une grande solidarité entre les vivants et ceux qui sont au ciel. D’ailleurs, on ne prie pas les saints, on leur demande de prier pour nous, précisément au nom de cette solidarité. De nombreux bas-reliefs du Moyen Âge représentent les défunts regroupés dans le pli des vêtements d’Abraham. L’image est belle : dans la pensée et la mémoire de Dieu, nous sommes proches les uns des autres, égaux en valeur et en dignité.
Bonne fête de tous les Saints !

Abbé Eric Schneider

Curé Archiprêtre